Le triste constat générationnel

Le constat concernant les générations Y et maintenant Z actuelles est sans appel.

Tout d’abord, trop d’enfants ont grandi en étant l’objet de stratégies parentales ratées. Par exemple, on leur a dit qu’ils étaient spéciaux, qu’ils pouvaient avoir tout ce qu’ils voulaient dans la vie juste parce qu’ils le voulaient. Ils ont été dans des classes où l’on obtient des A,  pas parce qu’on le mérite mais parce que les profs ne veulent pas avoir affaire aux parents. D’autres enfants ont eu des médailles de participation. Ils ont eu des médailles pas forcément parce qu’ils sont arrivés premier mais par exemple, parce qu’ils sont arrivés dernier. Le dernier ne peut pas être mis sur la touche ou identifié comme mauvais parce que c’est incorrect de stigmatiser l’échec et qu’il faut ménager les esprits. La disparition des notes au profit des smileys illustre le même principe. Or, la science est plutôt claire à ce sujet, cela dévalue la médaille ou de la récompense en général pour ceux qui travaillent dur. En plus, ça embarrasse la personne qui est arrivée en dernière position parce qu’elle sait qu’elle ne la mérite pas. Elle ne peut donc se sentir que moins bien.
Maintenant, vous prenez ce groupe de personnes, ils sortent de l’école et ils obtiennent un job. Ils sont lancés dans le vrai monde et en un instant, ils découvrent qu’ils ne sont pas spéciaux, que leur mère ne pourra pas leur avoir une promotion, qu’ils ne gagneront rien en arrivant dernier et qu’ils ne pourront pas avoir quelque chose juste parce qu’ils le veulent. Ils découvrent la notion du travail et d’implication, méconnue jusque là, puisqu’ils ont été protégés au possible par leurs parents. En un instant, l’intégralité de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes est brisée. Vous avez donc une génération entière qui grandit avec une estime de soi moindre que les générations précédentes. Il faut arrêter d’espérer que les choses deviennent plus simples sans effort et espérer devenir plus fort.

Ensuite, ajoutons la technologie à tout ça, plus particulièrement internet. Alors certes, c’est un outil fabuleux puisqu’il permet d’accéder à l’intelligence collective  : tout au même endroit et dans le même écran. En revanche, il présente un réel danger qui est le divertissement pour des hommes naturellement poussés à la paresse et à l’inaction. En effet, le contenu est infini. On en a jamais assez, il y a toujours quelque chose pour fuir les obligations, un prétexte pour rester cinq minutes de plus à errer sur les réseaux sociaux à ingurgiter frénétiquement des fils d’actualité sans cesse renouvelés.

En parlant des réseaux, si l’on prend l’exemple de Facebook et d’Instagram, on s’aperçoit que nous sommes très bons pour vivre dans un monde virtuel et que nous sommes capables de mettre des filtres sur tout. Tout le monde a connu cette soirée complètement nulle, sans ambiance, sans rire et sans partage qui se résume à une belle photo de trois verres de cocktail avec un commentaire digne de « la meilleure soirée entre copines » sur Facebook. En effet, on peut jouer et montrer l’image qu’on veut de nous aux autres. Tout le monde a l’air d’être beau et fort. Ils semblent tous avoir tout compris mais la réalité c’est qu’il y a très peu de force dans ces gens. Ils sont loin d’avoir tout compris…. Ce sont de simples façades.

Malheureusement, d’un point de vue physiologique, nous savons qu’être engagé sur les réseaux sociaux et sur notre téléphone portable libère une hormone s’appelant la dopamine. C’est pour ça que lorsque vous recevez un message, ça fait du bien. On a tous quand on ne se sent pas trop bien, trop seul, envoyé 10 messages à 10 amis « hello », « hello », « hello », parce que ça fait du bien quand vous recevez une réponse. C’est pour ça que l’on compte les « j’aime ». La dopamine c’est exactement la même hormone que quand nous nous sentons bien, lorsqu’on fume, boit, parie. C’est très addictif. Nous avons des restrictions d’âge pour l’alcool, fumer et pour les jeux de hasard. Mais nous n’avons pas de restriction pour l’utilisation des téléphones portables. Sur ce point, les écoles commencent à réglementer l’usage. Mais la seul vraie restriction devrait venir des parents et encore une fois, beaucoup sont laxistes sur ce point parce qu’ils ne savent pas se gérer eux-mêmes.
Or, nous le savons, la science a été claire là-dessus : les gens qui passent plus de temps sur Facebook souffre d’un taux de dépression plus élevé.
Ainsi, il est donc nécessaire d’être responsable et de ne pas se perdre dans tout le contenu offert par internet mais d’en faire quelque chose pour vous. Il faut savoir trouver un juste milieu.

Pour finir, rajoutons une bonne dose d’impatience chez les personnes de cette génération. Ils ont grandi dans un monde de gratification instantanée. Vous commandez sur Amazon, le colis arrive le lendemain. Vous voulez regarder un film, il n’y a plus besoin de regarder le programme TV et d’attendre le soir, NETFLIX est la solution. Tout ce que vous voulez, vous pouvez l’avoir instantanément. Cela exclut la satisfaction au travail et la qualité de vos relations. Il n’y a pas d’application pour ça. Ce sont de longs processus.
Dès le début, dans leur métier, les jeunes au travail veulent être plus impactants et importants. Ils veulent tout de suite être au sommet de la montagne de la réussite. Or, ils ne voient pas l’ascension à effectuer. Je m’en fiche si vous montez la montagne rapidement ou non, ce qui compte c’est de grimper.
Cette jeune génération a besoin d’apprendre la patience, quelque chose qui compte vraiment comme l’amour, la satisfaction au travail, la confiance en soi.

Vous avez donc une génération qui a vécu dans un monde totalement préservé chez ses parents et qui se fait ensuite secouer par la vie, qui au passage est de plus en plus difficile. Complètement déboussolée, elle vit ensuite avec moins d’estime de soi, sans les mécanismes d’adaptation pour gérer le stress. Plongée dans du virtuel h24, marquée entre autre par la télé-réalité et les réseaux sociaux, elle n’espère plus atteindre ses rêves d’enfant mais aspire à une vie d’écran et de superficiel.  Elle ne connait pas le travail comme l’ont connu nos grands-parents. Et si elle s’y met, elle abandonne aussitôt puisque le fruit du travail n’arrive pas forcément de suite après le premier effort et elle n’est même pas capable de persévérer.